Paul Waaktaar-Savoy (A-ha) : Interview Exclusive Aftenposten
resume Interview exclusive de Paul Waaktaar-Savoy, John Ratcliff et Anton Petter Stenersen par Robert Hoftun Gjestad et Robert Veiaker Johansen pour Aftenposten, traduite par Laetitia et Sandrine de A-ha France
Categorie : A-ha

L'opération de sauvetage

Après "Hunting High and Low", Paul Waaktaar-Savoy vient de récupérer ses notes et ses enregistrements du début de la formation a-ha. Merci à l'un de leurs plus grands fans !

Oslo la semaine dernière : Dans une ancienne villa blanche dans Vinderen, les portes coulissantes entre le salon et le grand jardin sont grandes ouvertes. Une tondeuse à gazon robotisée travaille tranquillement dans la chaleur de cette fin d'été. A l'intérieur, Paul Waaktaar-Savoy avec son chapeau. Il ne semble pas réaliser qu'il ne reste que quelques jours avant la sortie officielle du 10ème album de a-ha "Cast in Steel" et qu'il commencera un tour du monde d'ici quelques semaines.

Paul Waaktaar-Savoy parcourt quelques vieilles notes et agendas usés, pleins de chansons inachevées, notes, plans, croquis et dessins... qui avaient disparu depuis 26 ans.

- "J'ai l'impression d'avoir écrit ça hier. Cela me rappelle tant de souvenirs. Nous voulions faire carrière, j'étais fauché. Je venais de rencontrer Lauren (Waaktaar-Savoy, qui deviendra son épouse en 1991). Il y avait tellement de choses qui se passaient en même temps", dit-il.

Il y a 4 ans, Paul Waaktaar, Morten Harket et Magne Furuholmen ont pu récupérer ce qu'ils avaient laissé derrière eux : Agendas, 15 bobines avec des enregistrements historiques, des paroles oubliées qui ont trouvé leur place sur le nouvel album, et de nombreux souvenirs de a-ha avant qu'ils ne deviennent des stars de la pop.

Le retour de ces documents historiques est du à l'un des plus grands fans du groupe et un ex-manager frustré.

Le rendez-vous de Londres

Le mardi 30 Juin 2011, un homme grand, mince au crâne rasé se précipite sur les distributeurs automatiques de billets à Londres. Il retire le montant maximal dans chacun des distributeurs. Le père de deux enfants a hypothéqué sa maison pour emprunter le montant dont il a besoin, 247 500 couronnes norvégiennes, soit près de 26 700 €. L'argent ne le dérange pas, il sait qu'il récupérera la somme une fois sa mission accomplie.

L'homme, c'est Anton Petter (PA) Stenersen, un professeur de lycée. Il est l'un des plus grands fans de a-ha et le propriétaire de ce qui est probablement la plus grande collection au monde sur a-ha. En coopération avec l'historien Christopher Hopkins, spécialiste de l’histoire de la musique, il a commencé à travailler sur un livre en trois volumes et 3000 pages : l'histoire de a-ha.

Un matin de juin, PA Stenersen et Christopher Hopkins sont dans le bureau d'un avocat situé dans un des beaux quartiers de Londres... mais pas pour leur propre compte.

PA Stenersen, vêtu d'une chemise fraîchement repassée et d'un blazer bleu, se dit qu'il est en train de vivre un truc "surréaliste". Sa valise à roulettes vide sera pleine à son retour en Norvège.

Les sacs oubliés

De 1983 à 1985, a-ha avait pour base les Rendezvous Studios à Londres dont le propriétaire était John Ratcliff, le premier manager du groupe. Les membres du groupe était tellement crevés qu'ils dormaient souvent à même le sol dans une des salles de répétition. Il y avait de la moquette au sol, aux murs et au plafond, mais pas de fenêtres. Quand ils fermaient la porte pour dormir, il y avait une obscurité qu'ils n'avaient jamais connue auparavant.

- Wow, c'était comme un "abîme", dit Paul Waaktaar-Savoy, en souriant.

- Nous étions tout simplement cassé, la plupart du temps. Et nous avions de moins en moins d'argent. Heureusement, nous étions trois et nous nous soutenions. Mais il y avait toujours un petit rayon de soleil ici ou là. Au bout d'un an voire d'un an et demi, je me souviens qu'on se disait qu'on allait tellement être occupé qu'on allait oublier tous ces jours. Ca n'a jamais eu lieu. Ces jours se sont répétés encore et encore mais rien ne bougeait.

- Partagiez-vous votre argent ?

- Oui, il y avait une caisse commune. Mais cela voulait juste dire avoir toujours les mêmes céréales au petit déjeuner. Je me souviens de la première fois où j'ai rendu visite à Lauren aux USA. J'avais apporté 30-40 dollars en billets d'un dollar, pour que ça donne l'impression que j'avais beaucoup d'argent. Et en fait, c'était beaucoup d'argent pour nous à ce moment-là. Lauren s'est écriée "Quoi ! On t’a laissé rentrer dans le pays avec cette somme ? " Cela nous a beaucoup aidé de ne pas être du genre à beaucoup ruminer. Nous ne pensions pas à toutes les choses qui pourraient mal se passer, dit l’auteur et guitariste.

John Ratcliff, propriétaire des Studios où a-ha campait, se souvient de ces années :
- J’étais un musicien à succès, mais j'ai renoncé à tout pour produire a-ha. Tout le monde les avait rejetés. Je les ai trouvés, je les ai sortis de la rue, et ils étaient toute ma vie jusqu'à leur grand succès. Tous les fans savent que Hunting High and Low était mon bébé. Grâce à moi, la Norvège - qui avait presque toujours zéro point au concours de l'Eurovision - a gagné sa place sur la carte du monde de la musique. J'ai contribué à accroître le produit national brut du pays, et le gouvernement ou la famille royale devraient me convier à des cérémonies, notamment quand les membres de a-ha ont reçu leurs médailles. Au lieu de cela, les journaux me décrivent comme une horrible personne, se plaint John Ratcliff.

Sur le chemin vers le succès, la relation entre John Ratcliff et a-ha a dégénéré et encore plus avec Terry Slater, l'homme qu'il avait invité à l'aider pour s'occuper du groupe. J'aurais dû sentir les choses venir quand j'ai dû prendre des avocats contre Terry Slater pour obtenir d'avoir mon nom sur l'album "Hunting High and Low".

"Take On Me" est devenu un hit au bout de la 3ème tentative. La Norvège a connu son premier, et jusqu'ici unique n ° 1 dans les charts américain le 9 Octobre 1985. Après cela, les choses ont très vite évolué pour A-ha.
Quand ils ont quitté le studio afin de parcourir le monde pour promouvoir "Take on Me" et leur premier album "Hunting High and Low", ils ont laissé presque tous leurs biens derrière eux. Après un certain temps, John Ratcliff a tout récupéré à son domicile.

Le trésor perdu

En ce mois de juin 2011, John Ratcliff et PA Stenersen sont sur le point de se rencontrer à Londres. Pendant plusieurs semaines, ils ont échangé des emails afin de convenir d'un montant contre les affaires laissées par a-ha. Avec près d'un quart de million de couronnes norvégiennes dans la poche et un virement effectué avant, l'échange était prêt à se faire.

PA Stenersen a alors découvert le trésor caché : 15 bobines de bande avec des enregistrements de plusieurs années en studio, le moment le plus créatif et productif dans la carrière de a-ha. Un magnétophone huit pistes. Et pour le dessert : Une montagne de vieux agendas et carnets de notes des premières années de a-ha. Des livres remplis de textes de chansons manuscrites, des croquis de chansons, des dessins et des notes. La plupart appartient à Paul Waaktaar-Savoy, qui a presque toujours formulé ses idées sur papier.

PA Stenersen et Christopher Hopkins ont mis les documents dans la valise et porté le magnétophone et les bandes. Ils ont roulé 250 km jusqu'aux Studios de l'école de Manchester. Andy Popplewell les attendait. Il travaillait pour la BBC, et il est aujourd'hui un expert du transfert de son d'anciennes sources. PA Stenersen et Christopher Hopkins voulaient sécuriser les enregistrements au plus vite.

Le lendemain, PA Stenersen a pris l'avion en prenant le reste du trésor dans son bagage cabine. Mettre la valise en soute était un trop grand risque. La plupart des carnets sont à Paul Waaktaar-Savoy. Quelques jours plus tard, tout a été remis au manager de a-ha, Harald Wiik - 26 ans après les avoir laissé à Londres.

"a-ha – l’étincelle qui alluma le monde"

Plusieurs guitares sont disséminées dans le salon de Paul Waaktaar-Savoy à Vinderen. A l’étage se trouve son piano personnel de marque Steinway & Sons, un piano qui vaut plusieurs millions de couronnes. Sa femme Lauren vient chercher son petit déjeuner en nous disant : "Hello, comment ça va les gars ?". Waaktaar-Savoy sourit en nous montrant une page de son journal de 1981 – il pense l’avoir écrit en finissant le lycée, quand il travailla quelques mois pour la société publique de tram, Sporveien, à Oslo.

Les notes contiennent le ‘plan d’attaque’ de a-ha pour conquérir le monde et dans lesquelles le jeune Waaktaar débat avec lui-même s’il est plus malin d’avoir une remorque pendant les tournées ou un coffre de toit de voiture.

Dans une annotation différente, une autre personne, probablement Magne ou Morten, écrit: "de Norvège au Royal Albert Hall" et "a-ha, l’étincelle qui alluma le monde". Et dans des paroles d’une chanson Presque prophétiques datées du 7 décembre 1981, Paul Waaktaar-Savoy écrit:
"Oh j’aimerais aller en Angleterre/
Et gagner un million de pounds
(…)
Mon vieux pense que je suis fou/
Risquer ma vie pour ça/
Encore un ado/
Allez, remarque mon génie»


Il a souvent été remarqué que les jeunes membres de a-ha avaient une confiance proche de l’arrogance quant à leur propre succès, ce qui est inhabituel en Norvège. Jan Omdahl, l’auteur de la biographie official du groupe, The Swing of Things, écrit: "Au début des années 80, trois jeunes hommes d’une vingtaine d’années, venant de Manglerud et Asker, trainent ensemble, certains que c’était juste une question de temps avant qu’ils ne deviennent des pop-stars internationales. Ils n’en rêvent pas. Ils le SAVENT.

- Nos ambitions n’ont pas changé depuis que nous avons 16 ans. Nous avions ce que l’on peut appeler ‘le plan A’ tout prêt. S’il n’avait pas fonctionné, nous avions un autre plan. Le plan B, c’était les Etats-Unis. Les moments de panique étaient inclus, mais je ne crois que nous nous soyons jamais demande si nous avions un filet de sécurité, ajoute Waaktaar-Savoy.

Le groupe anticipait en permanence, et à cause de cela aucun d’entre eux n’a jamais pensé aux choses qui étaient restées aux Rendezvous Studios, et ce jusqu’à plusieurs années plus tard.

- Je crois que quelqu’un m’a dit que certains objets commençaient à apparaitre sur eBay, et quand je regarde à ce que j’ai, je peux voir que quelques pages ici ou là manquent, déchirées, prêtes pour eBay et ses enchères, dit l’auteur et guitariste.
-

Est-ce à dire, pour dire les choses correctement, que Radcliff a trié lui même des choses ?

- Eh bien. Il a rangé pas mal de choses, et il était bon pour le rangement. Des choses ont disparu pour toujours, dit Waaktaar-Savoy, qui est content d’avoir déjà retrouvé autant de choses.

Carrière – ou le “premier ferry pour rentrer à la maison”?

John Ratcliff dit dans une interview à Aftenposten qu’il n’a jamais mis des choses de a-ha en vente sur internet, et affirme qu’il est heureux que Paul Waaktaar-Savoy ait retrouvé ses possessions. Ratcliff dit qu’il a été celui qui a découvert le talent de a-ha. La fin de sa coopération avec a-ha au milieu des années 80 l’attriste encore, et il espère avoir la chance de retravailler avec les Norvégiens. Il révèle même qu’il a préparé quelques chansons qui pourraient convenir à la voix de Morten Harket.

- Que pouvez-vous nous dire sur ce qui a amené le retour des objets laissés à Londres par a-ha?

- Je ne suis pas sûr de vouloir que vous vous épanchiez sur le sujet. Rappelez-vous que j’ai dépensé énormément d’argent en avocats par rapport aux droits. Ils avaient toute une équipe d’avocats.

- Les objets ont dû vous être achetés gratuitement ?

- On dirait que vous êtes familiers avec toute cette histoire, suggère Ratcliff. Il contre-attaque en disant que c’est lui qui a sauvé la production du premier album Hunting High and Low, et donc toute la carrière de a-ha. Il pense n’avoir reçu qu’une ‘fraction’ de l’argent qu’il aurait mérité pour ses efforts.

- A la moitié de la production de l’album Hunting High and Low, Warner (la maison de disque américaine) nous a informés qu’ils voulaient rompre notre accord. Ils pensaient que le disque n’avait pas le même son que celui que nous leur avions fait écouter au début. Je leur ai dit que je pouvais sauver l’album. Ils m’ont donné quelques semaines en étant très clairs sur le fait que a-ha devait être laissé en dehors de tout cela pendant que je finissais le travail. C’était difficile car j’avais toujours été honnête avec les garçons. Tout était en jeu : feraient-ils carrière, ou bien allaient-ils rentrer par le premier ferry pour la Norvège ? Les garçons ne sont toujours pas au courant de certaines choses que j’ai faites. Ils ne savent pas à quel point ils étaient proches de rentrer à la maison.

- Qu’avez-vous fait?

- Nous avons fait de nouveaux enregistrements suite au départ de Tony Mansfield (le producteur), mais cela n’a jamais été mentionné sur la pochette de l’album. J’ai fait les chœurs sur certains titres, et joue du clavier sur le titre «Hunting High and Low». J’avais 18 jours pour rendre le disque acceptable par Warner, et je pense que c’était un succès, si on regarde les chiffres de ventes !

L’album s’est vendu à plus de 10 millions d’exemplaires, de loin la meilleure des productions du groupe.

Le britannique, qui produit toujours sa propre musique, plaisante que "peut-être un jour je serais en compétition contre Morten Harket dans les charts".
Finalement il ajoute :
- Je voudrais que vous écriviez que je ne blâme pas le groupe pour ce qui a pu arriver à cette époque. Ils débutaient en 1985, et ne comprenaient pas comment ce business fonctionnait.

A l’écoute de la version de Ratcliff, Paul Waaktaar-Savoy dit:
- Je ne suis pas d’accord avec tout ce que dit John, mais je ne vois pas l’intérêt de reparler de tout cela maintenant. Il a raison de dire que les choses ont été difficiles à un certain moment, alors que le budget prévu pour le disque avait déjà été dépensé alors que nous n’avions produit que sept titres que nous pouvions présenter. Nous en avons mixé cinq dans leur version finale. Il a mixé les deux autre sans nous le dire, pour quelque raison que ce soit.

A la maison dans le musée a-ha

Alors que P.A. Stenersen invite Aftenposten chez lui en dehors de Moss, presque quatre ans après ‘l’opération Londres’, il est toujours aussi animé quand il parle de tout ce qu’il a accompli avec Hopkins.

- Ce n’est pas moi qui suis important. Mais le travail que nous avons fait est important. A-ha est ce qui s’est passé de plus grand dans l’histoire de la pop norvégienne. Nous avions peur que les anciens enregistrements partent en miettes. Nous ne parlons pas d’un vin millésimé ici. C’est tellement merveilleux que nous ayons pu y aller et tout régler d’une façon aussi calme et ordonnée, dit-il, en ajoutant :
- a-ha et Ratcliff ont été a couteaux tires pendant 10 ans. Ils ne pouvaient pas régler les choses entre eux. Les seuls qui en profitaient, c’étaient les avocats. C’est pour cela qu’Hopkins et moi avons fait un deal avec le manager Harald Wiik, pour que nous puissions acheter à John Ratcliff tous les objets pour des honoraires raisonnables.
Wiik confirme: - il n’y a aucun doute que le groupe en entier soutenait P.A. Stenersen tout au long de cette affaire. Son enthousiasme et sa capacité à faire les choses ont été essentiels pour parvenir à une solution. Rien n’avait plus de valeur que d’avoir une personne neutre, dont le seul souci était de préserver le matériel, pour faire cela.

Stenersen montre a Aftenposten son «musée a-ha» privé. Au premier étage, les étagères sont chargées avec mètre après mètre d’enregistrements de a-ha. Une seule version de Scoundrel Days ne suffit pas, un collectionneur doit avoir au moins une version de chaque single où le titre est sorti. Les collections du musée se répandent dans toute la maison, même dans le grenier au-dessus du garage, qui est rempli de plein de bizarreries connectées à a-ha, collectées des stocks superflus de magasins de disques à l’abandon.

- Regardez ceci, un single extrêmement rare. Il a été produit en seulement 1000 exemplaires. Le stock superflu est ici.

- Que répondez-vous aux gens qui dissent que vous êtes fou?

- Mais, je le suis !

La sonnette de la porte d’entrée résonne. Il ouvre, et le coursier dehors dit "un paquet pour Stenersen". P.A. Stenersen saute sur ce qui est à l’intérieur, on dirait toujours un enfant qui ouvre un cadeau d’anniversaire. Il s’agit d’une Edition-test de la version «super Deluxe» de Hunting High and Low – quatre CDs et un DVD – trois mois avant sa date de sortie.

Stenersen ne le dit pas à voix haute. Mais sur ces CD se trouvent beaucoup de chansons qu’il a sauvées à Londres en 2011.

Rock in Rio, encore

Cette semaine Paul Waaktaar-Savoy, Magne Furuholmen et Morten Harket se sont réunis à l’Union Scene de Drammen pour une répétition. Presque cinq ans après leurs ‘adieux’ au Spektrum d’Oslo en décembre 2010, a-ha est de nouveau de retour. Leur premier concert de come-back aura lieu à Buenos Aires le 24 septembre. Puis Rock in Rio trois jours plus tard. Ce même festival où le groupe s’était produit devant 198.000 spectateurs en 1991. Qui établit à ce moment-là un record du monde pour un public payant, battu seulement 12 ans plus tard.

- Je suis aussi impatient d’y être que j’en ai peur. Nous serons certainement nerveux avant de monter sur scène, mais en général le public de Rio est très amical, dit Waaktaar-Savoy.

Le programme pour la tournée Cast In Steel Tour comprend pour le moment 35 concerts. D’autres seront ajoutés, y compris en Norvège, en 2016. Les lieux et dates doivent encore être décidés. Dans le cadre de l’accord pour leur 10ème album studio en 30 ans de carrière, Paul Waaktaar-Savoy, Morten Harket, Magne Furuholmen et leur manager Harald Wiik, ont signé un engagement formel pour une coopération de deux ans.

Quand la musique perd quelque chose

Waaktaar-Savoy n’est pas trop heureux de ce qu’il appelle la ‘politique de groupe’ de a-ha.
Il y a deux ans, Morten est venu dans mon studio à New York et chanté sur 10-12 titres que je voulais enregistrer. En fait c’était la meilleure partie de cet album à mon avis. Nous l’avons fait en ne mettant personne au courant, sans dates butoirs et tout le reste. C’était, dans un sens, un retour aux années à Londres, et nous n’avions aucune obligation.

- Personne ne vous a vu ensemble et cru que quelque chose se tramait?

- Non. Magne savait, mais il était occupé avec d’autres projets, dit Waaktaar-Savoy. Un an après, la vieille machine était repartie. Les enregistrements, les discussions, les réunions – mais aussi des egos forts.
- C’est quand ce que j’aime le moins commence d’arriver. Il y a beaucoup de politique avec le groupe, et je remarque que des choses se passent avec la musique, que je n’aime pas. Elle perd quelque chose selon moi. Ce qui était facile au début devient…
il cherche pour le mot juste avant de continuer : - Il y a juste tellement de bruit de fond.

- D’où vient ce bruit?

- Euh, quand tu as une chanson, il y a quelque chose de brut avec, il faut l’affiner et pas de mal de choses peuvent mal se passer pour ce faire. Et ça se passe mal, en général.

- C’est-à-dire, 9 fois sur 10 ?

- Oui. C’est juste comme ça. Des enregistrements qui demandent beaucoup.

- Est-ce que c’est dans ces moments-là que la période couverte dans les carnets vous manque, quand il y a avait moins de ‘politique de groupe’ ?

- Ce n’est pas juste la politique, mais tout ce qui peut se passer. Il y a beaucoup de pièces qui doivent correspondre pour finir un puzzle, n’est-ce pas ? Donc, pour protéger ma santé mentale, je pense toujours aux chansons tel qu’elles ont été composées, ce moment précis quand je les ai entendues pour la première fois dans ma tête. C’est comme cela que je pense à notre premier album aussi. Je ne passe pas mon temps assis à écouter des vieux trucs tout le temps, mais quand j’entends un air, de n’importe quelle période, et qu’il me surprend, alors je pense souvent : "oh, c’est comme ça qu’il a fini ?"

- Parce que vous vous rappelez ce que vous ressentiez au moment de l’écrire?

- Oui, vous entendez un certain arrangement dans votre tête, et ensuite il est sorti et a fini tout à fait différemment. Mais c’est comme ça que ça fonctionne.

- L’enregistrement de cet album a-t-il été difficile?

- Le premier album après notre réunion, Minor earth, major sky (2000), s’est plutôt bien passé en fait. Tous les autres albums ensuite nous ont demandé beaucoup.

- Et celui-ci?

- Beaucoup de travail aussi. Mais maintenant nous en avons plus l’habitude.

- Que pensez-vous du résultat?

- Non, bon, c’est très difficile de le voir comme un produit de a-ha, parce qu’il me semble qu’il y a trois choses différentes – que l’on appelle a-ha. Cela se termine souvent ainsi, et beaucoup de groupes travaillent aussi comme cela. Mais ça me manque, cette émotion d’être tous les trois dans le même studio, de travailler sur la même chanson en temps réel.

- Vous n’avez rien enregistre ensemble sur cet album?

- Euh non. Non.

- Quand vous réécoutez les trois premiers albums, vous ressentez la même chose?

- Non, parce que nous avions un budget limité pour l’enregistrement, et nous devions y aller et espérer que c’était suffisant. Maintenant tout a changé, et tu peux enregistrer un bout par ci, un bout par là. Ce n’est plus la même chose, tu n’as plus un seul support sur lequel tu dois travailler.

- Trois artistes qui contribuent chacun de son cote – est-ce que je vous comprends bien, vous dites que quelque chose se perd en route?

- Ce que tu perds pour de bon, c’est ce que ce disque est devenu. Je crois que j’ai besoin d’une bonne pause avant de pouvoir l’écouter de nouveau. Ce n’est pas comme si tu passais deux mois à ne faire que travailler sur l’album et à la fin des deux mois l’album est fini. Tu écoutes tellement de versions et tellement de choses différentes, qu’à la fin tu te dis : «Ok, et maintenant nous avons quoi a la fin, en fait ?» Est-ce que c’était la version d’il y a 10 essais qui était cool, ou bien est-ce que c’est cette version ?

- Est-ce que ce que les autres pensent du résultat final vous préoccupe?

- Pas vraiment. Non.

- Et avant?

- Pas vraiment, parce que, normalement, si une chanson t’a donné des frissons, c’était un hit, ou du moins un succès. Bon, ce n’était pas toujours vrai, mais que ce soit un hit ou pas, tu en étais content parce que tu as eu des frissons.

- Et cette fois vous avez eu beaucoup de frissons?

- Oui ces chansons m’ont donné des frissons, j’étais heureux avec les chansons que j’ai écrites, mais si j’ai eu des frissons avec le résultat final ? Comme j’ai dit, il faut que je le digère… demandez-moi dans 10 ans.

Du carnet au nouvel album

Une des 12 chansons sur le nouvel album Cast of Steel a une histoire spéciale. Elle peut être reliée directement aux années avec John Ratcliff dans les studios Rendezvous et avec l’expédition de «PA» Stenersen expédition à Londres en 2011. Car quand Paul Waaktaar-Savoy a retrouvé ses vieux carnets de note, il a découvert une chanson qu’il avait oubliée. Des paroles de 1984 : « She’s humming a tune».

- Quand j’ai retrouvé mes carnets, j’ai vu ce texte et je me suis rappelé “celle-ci, elle était cool” Ensuite je me suis dit que ce serait sympa d’enregistrer ce titre-là maintenant, dit Paul Waaktaar-Savoy.

31 ans après avoir été écrite, et quatre ans après la mission de sauvetage de Londres, la chanson est le titre numéro 9 sur l’album du retour d’a-ha.

Copyright (c)2015

Interview réalisée par Robert Hoftun Gjestad et Robert Veiaker Johansen pour Aftenposten

Traduction français par Laetitia et Sandrine de l'équipe A-ha France. Vous n'êtes autorisé à diffuser que partiellement cette traduction et uniquement sous réserve d'ajouter un lien vers cette publication.